L’enquête de The Continent ne décrit pas seulement une opération d’influence numérique. Elle rappelle que les conflits modernes ne se gagnent plus uniquement sur le champ de bataille. Ils se jouent aussi dans les rédactions, les universités, les organisations internationales et, surtout, sur les réseaux sociaux. La bataille pour le récit est devenue aussi importante que la bataille pour le territoire.
Rwanda: La guerre des armes et la guerre des consciences

Si les éléments révélés par cette enquête sont confirmés, ils illustrent une stratégie consistant à contester les preuves, discréditer les témoins, inonder l’espace numérique de contre-récits et imposer une lecture favorable aux intérêts de Kigali. Une telle stratégie ne pourrait toutefois produire ses effets sans relais, volontaires ou non, à l’intérieur même de la société congolaise.
Car toute propagande efficace a besoin d’intermédiaires. Certains reprennent des récits sans les vérifier. D’autres relativisent systématiquement les souffrances congolaises au nom d’intérêts politiques ou idéologiques. D’autres encore s’indignent avec vigueur lorsque certains drames touchent une communauté, mais deviennent étrangement silencieux lorsque des millions de Congolais sont les victimes de massacres documentés depuis plus de trois décennies.
Cette contradiction est apparue avec une acuité particulière lors de la commémoration du GENOCOST. Le 2 août est une journée consacrée à la mémoire des victimes des violences de masse en République démocratique du Congo. Elle est désormais reconnue par la législation congolaise et fait l’objet d’une commémoration officielle.
Une question demeure pourtant. Pourquoi certains mouvements ou personnalités qui prétendent défendre les intérêts du peuple congolais sont-ils restés silencieux à cette occasion ? Pourquoi l’Alliance Fleuve Congo (AFC), qui affirme agir au nom de la libération du Congo, n’a-t-elle pas marqué cette journée par un hommage clair aux victimes congolaises ?
Chacun est libre d’apporter sa propre réponse. Mais cette absence nourrit inévitablement des interrogations. Lorsqu’un mouvement affirme défendre un peuple, la mémoire des morts de ce peuple devrait naturellement faire partie de son engagement. À défaut, il est légitime de se demander quelles priorités guident réellement son action.
Le débat ne porte pas seulement sur la politique ou sur la guerre. Il porte aussi sur la mémoire. Refuser d’entendre la souffrance d’un peuple ou détourner systématiquement le regard lorsqu’elle est évoquée revient à affaiblir sa quête de justice.
Les Congolais n’ont pas besoin que le monde adopte aveuglément leur lecture de l’histoire. Ils demandent quelque chose de plus simple : que les victimes soient reconnues, que les faits soient examinés avec rigueur et que la mémoire ne soit pas sacrifiée sur l’autel des intérêts géopolitiques.
Car il n’existe pas de paix durable sans vérité. Et il n’existe pas de vérité lorsque la propagande finit par faire plus de bruit que les victimes elles-mêmes.
Sarah Kadiombo
Rédactrice en cheffe
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