Selon lui, le conflit doit être lu comme une guerre interétatique : l'armée rwandaise en constituerait le noyau opérationnel, tandis que le M23 apporterait des combattants et une façade congolaise. Dans cette lecture, les forces rwandaises participent directement aux opérations, au lieu de rester en arrière-plan d'un mouvement qui mènerait seul sa guerre.

Ryan O'Farrell compare cette configuration à celle de la Russie en Ukraine avant février 2022. Moscou s'appuyait alors sur des forces séparatistes locales tout en engageant ses propres moyens. L'analogie vise à montrer comment un État peut intervenir chez son voisin en conservant un intermédiaire local qui brouille l'attribution des responsabilités.

La présence de Congolais au sein du M23 ne suffit donc pas, selon cette analyse, à faire du conflit une affaire purement interne. La question centrale porte aussi sur les forces qui planifient les opérations, les moyens militaires engagés et les décisions qui permettent de conquérir et de contrôler le territoire.

Cette distinction a des conséquences politiques. Parler uniquement de rébellion concentre le débat sur un différend entre Kinshasa et un groupe armé. Reconnaître une intervention militaire étrangère replace au centre la souveraineté congolaise et la responsabilité de l'État intervenant.

Les dimensions locales restent essentielles : tensions communautaires, difficultés de gouvernance et revendications politiques doivent être examinées. Mais elles ne suffisent pas à expliquer une guerre si une armée étrangère en constitue effectivement le moteur opérationnel.

L'analyse de Ryan O'Farrell invite ainsi à poser une question précise : le Rwanda soutient-il une rébellion congolaise, ou conduit-il une guerre en s'appuyant sur elle ? La réponse exige d'examiner les déploiements, la chaîne de commandement et les moyens employés. Pour comprendre la tragédie congolaise et envisager une paix durable, cette distinction ne peut rester dans l'ombre.