Il est 8 heures au carrefour des avenues Dumi et des Aviateurs. Nous sommes en plein cœur de la Gombe.
Ici, l’immeuble GG Mart fait face aux banques, aux bureaux et aux commerces. À deux pas, la Gare Centrale, la paroisse Sainte-Anne, l’ambassade du Portugal, le siège de la MONUSCO et l’ambassade des États-Unis. Le décor est planté : celui d’un centre administratif, diplomatique et économique.
Au cœur de Kinshasa, un « Pakadjuma » miniature s’installe dans l’indifférence

Mais derrière cette façade de modernité, une autre ville s’installe.
Sous le regard des passants, des automobilistes et des autorités, des familles vivent désormais sur le trottoir. Matelas à même le sol, couvertures, bassines, cartons, vêtements et quelques meubles de fortune : l’espace public est devenu habitation. Plus une halte. Un domicile.
La scène fait écho, en miniature, aux premiers jours de Pakadjuma. Sans bruit, un campement pousse au cœur de la Gombe, dans l’un des quartiers les plus stratégiques et les plus surveillés de Kinshasa.
Le contraste est brutal. En face des abris de fortune se tient l’immeuble GG Mart, symbole du centre-ville. Autrefois propriété du groupe Hason & Frères, il concentre aujourd’hui supermarché, banques, bureaux et commerces. Depuis des décennies, ce secteur irrigue l’économie de la capitale. Et à quelques mètres de cette effervescence, des familles n’ont d’autre choix que de faire du trottoir leur toit.
Qui sont-elles ?
D’où viennent-elles ? Depuis quand sont-elles là ? Chassées d’ailleurs ou venues chercher un semblant de sécurité ? Les questions s’accumulent. Les réponses se font attendre.
Au-delà de l’émotion, c’est la question de la gouvernance urbaine qui se pose. Une capitale qui aspire au statut de métropole moderne peut-elle laisser prospérer de nouveaux campements en plein centre, sans envisager la moindre solution durable ?
Car les déloger ne réglera rien. Si elles occupent ce trottoir aujourd’hui, c’est que des difficultés plus profondes les y ont acculées. Faire comme si de rien n’était, ou attendre que le phénomène prenne de l’ampleur, ce serait rejouer la même partition qui a déjà conduit aux dérives du passé.
Au croisement de Dumi et des Aviateurs, l’enjeu dépasse la simple occupation illégale. C’est le reflet d’une ville tiraillée : la modernité d’un côté, une précarité grandissante de l’autre.
Et tant que cette réalité sera traitée avec indifférence, ce « Pakadjuma » miniature cessera d’être un symbole. Il deviendra un nouveau défi urbain pour Kinshasa.
AMC
Journaliste
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