Soutenir les réformes engagées par le VPM ne relève pas d’un culte de la personnalité. Cela procède d’un constat simple : le problème de la sécurité en RDC est structurel. Et aucune solution durable ne peut émerger sans s’attaquer à ses fondations.
Une responsabilité nationale ne peut être réduite à Kinshasa
Un ministre national se juge à l’échelle de la République, et non à partir d’événements isolés dans la capitale. Lorsque Jacquemain Shabani prend ses fonctions, la situation sécuritaire est particulièrement dégradée, notamment à l’Est, dans des zones comme Beni, Butembo, Masisi ou Goma. Dans ce contexte, faut-il demander la démission du ministre de la Défense parce que Goma est tombée ? Cette question met en lumière une confusion fondamentale entre responsabilité politique et responsabilité militaire. La première relève de la stratégie globale, la seconde des réalités opérationnelles.
Confondre les deux, c’est affaiblir l’analyse. Réduire l’évaluation du Vice-Premier ministre de l’Intérieur à quelques incidents survenus à Kinshasa n’est ni rationnel ni méthodologiquement sérieux. Cela revient, en réalité, à ignorer la nature même de ses responsabilités.
Réformes en cours et nécessité de cohérence politique
Dans ce contexte, certaines avancées doivent être reconnues. Le Vice-Premier ministre a engagé des réformes structurantes, notamment à travers la loi de programmation, qui prévoit un financement annuel d’environ 500 millions USD pour moderniser la Police Nationale Congolaise. C’est une base sérieuse pour sortir la police de la précarité et inscrire la réforme dans la durée.
Parmi les initiatives engagées figurent la mise en place des comités locaux de sécurité, visant à renforcer la coordination à la base, ainsi que la relance de la formation policière. Depuis 2004, aucune véritable école de formation n’avait été opérationnelle. Aujourd’hui, des centres comme ceux de Kasangulu et de Kapalata accueillent de nouvelles recrues, marquant un tournant dans la reconstruction des capacités humaines. Dans le même temps, des moyens commencent à être déployés : construction de sous-commissariats, amélioration de la mobilité des agents et renforcement progressif des capacités opérationnelles. Plus de 400 engins roulants ont déjà été distribués à travers le pays. Le rajeunissement des effectifs est en cours, dans un système longtemps marqué par le vieillissement et des pratiques de recrutement peu structurées.
Des opérations comme Ndobo traduisent également une volonté de restaurer la discipline, en rupture avec certaines dérives observées par le passé. Ces efforts restent perfectibles, mais ils s’inscrivent dans une dynamique de transformation qu’il serait injuste d’ignorer. Dans le même temps, la responsabilité doit être partagée. La sécurité est une chaîne. La police interpelle, mais si la justice ne suit pas, si les prisons ne remplissent pas leur rôle, alors l’ensemble du dispositif est fragilisé.
Une démarche politique mal conduite
L’organisation de l’État congolais repose sur un régionalisme constitutionnel, articulé autour de trois niveaux : le pouvoir central, les provinces et les entités locales. Dans ce cadre, renvoyer le Vice-Premier ministre de l’Intérieur pour des faits circonscrits à Kinshasa revient à méconnaître la répartition des responsabilités. Cela reviendrait, par analogie, à engager la responsabilité du ministre des Travaux publics parce qu’une route d’intérêt provincial n’a pas été reconstruite à temps à Lodja. L’intention peut paraître légitime, mais elle ne résout aucun problème de fond.
Si, pour chaque braquage ou fait divers à Kinshasa, le VPM de l’Intérieur devait être mis en cause sans considération pour les responsabilités opérationnelles et locales, il serait illusoire d’espérer une amélioration durable de la situation. Une telle approche ne fait que déplacer le problème sans jamais le traiter. Par ailleurs, la sécurité ne relève pas uniquement de l’action policière. Elle est un domaine transversal, impliquant la justice, les infrastructures, l’urbanisme, les finances publiques et bien d’autres secteurs. La police peut interpeller, mais si les magistrats relâchent faute de capacité carcérale ou dans un contexte de saturation des prisons, le cycle de la délinquance se perpétue. Dans ces conditions, imputer les dysfonctionnements à un seul acteur revient à ignorer la complexité du système. Le problème est systémique, et le maillage des responsabilités est trop large pour être réduit à une lecture individuelle.
Au-delà du fond, la forme de cette motion interroge. En politique, la discipline est une exigence, surtout au sein d’une majorité. Initier une motion sans consulter ni son groupe parlementaire, ni le chef de son parti, ni les responsables de l’Union sacrée à laquelle on appartient constitue une faute politique majeure. Les conséquences observées ne sont donc pas surprenantes : démissions au sein de son parti, exclusion de son groupe parlementaire. Une telle démarche ne peut aboutir sans l’adhésion de la majorité. Elle ne se construit pas dans les médias ou sur les réseaux sociaux, mais dans les instances où se prennent les décisions. À la limite, ce type de question se règle d’abord en interne. Ce n’est qu’en cas d’échec que l’on prend l’opinion à témoin. En procédant à l’inverse, la démarche perd en crédibilité et bascule dans une logique de surmédiatisation, alors même qu’elle aurait pu s’inscrire dans un cadre sérieux et institutionnel.
Plus préoccupant encore, cette initiative intervient à un moment sensible, où la RDC est engagée dans un processus de négociations avec des groupes armés, et où le VPM de l’Intérieur joue un rôle central comme point focal du Chef de l’État. Dans un tel contexte, fragiliser cette position relève d’un manque de sens politique.
Conclusion : ne pas se tromper de combat
Le problème de l’insécurité est réel. Mais la solution ne réside ni dans l’agitation ni dans la recherche de boucs émissaires. Changer les hommes sans changer le système ne produira aucun résultat durable. C’est précisément dans cette logique que s’inscrit l’action du Vice-Premier ministre de l’Intérieur. Les réformes engagées visent une transformation en profondeur de l’appareil sécuritaire, à travers un programme structuré qui intègre le recrutement, la formation, l’équipement et le déploiement des forces. L’ambition est claire : reconstruire un système aujourd’hui fragilisé. Mais une telle transformation implique des moyens, notamment budgétaires, et une disponibilité effective des ressources.
Les premières bases de ce changement sont déjà posées. La relance de la formation, avec la mise en place de nouvelles structures, constitue un tournant. La dotation progressive en moyens logistiques, avec notamment des véhicules déployés à Kinshasa et dans les provinces, s’inscrit dans cette dynamique. De même, l’introduction de dispositifs adaptés à certaines réalités opérationnelles, comme les patrouilles fluviales, témoigne d’une approche plus pragmatique. La mise en place des comités locaux de sécurité participe également de cette volonté de structurer l’action à la base, même si ces mécanismes nécessitent encore des moyens pour être pleinement efficaces.
Peut-on, dans ces conditions, réduire l’évaluation d’un ministre de l’Intérieur à des éléments qui n’engagent pas exclusivement sa responsabilité ? Évidemment non. Cela ne signifie pas pour autant qu’il n’en porte aucune. La responsabilité existe, mais elle est partagée. Elle s’exerce dans un cadre où les contraintes sont nombreuses, et où certaines informations, relevant de la sécurité de l’État, ne peuvent être exposées publiquement sans précaution. Le rôle du VPM est aussi celui de la régulation et de la sanction. Il lui revient de veiller à ce que les responsabilités soient établies et que les défaillances soient corrigées à chaque niveau. Mais cette exigence suppose que l’ensemble de la chaîne dispose des moyens nécessaires pour agir. La sécurité en RDC exige une transformation profonde, coordonnée et financée. Tout le reste n’est que diversion.







