Le 24 février 2023, l’Agence congolaise de presse publiait déjà un article consacré aux fissurations apparues sur cette route récemment construite. WG Contractor, entreprise qui affirme avoir exécuté les travaux, avait alors réagi. Elle reconnaissait l’existence de « faïençages », mais expliquait que l’ouvrage n’était pas encore terminé et n’avait pas encore été livré à l’Office des voiries et drainage (OVD), maître d’ouvrage délégué. Selon l’entreprise, la circulation avait été ouverte afin d’observer le comportement de la chaussée avant sa réception technique.

Ce détail est essentiel. En février 2023, les défauts de la chaussée étaient donc connus publiquement et la route n’était, selon WG, toujours pas réceptionnée. Dans un projet routier, cette période est pourtant déterminante : les défauts constatés avant réception peuvent conduire à des réserves, des corrections ou à d’autres mesures prévues par le cadre contractuel.

Mais l’histoire devient plus étonnante lorsqu’on avance de trois ans et demi. Le 6 août 2026, le Cabinet du Gouverneur de Kinshasa écrit à Alliance des Bâtisseurs du Congo (ABC) et dénonce des « malfaçons », la « non-conformité des travaux » ainsi qu’une détérioration prématurée de la couche de roulement. Selon cette correspondance citée dans les documents consultés par Cœur d’Afrique, les travaux n’avaient toujours fait l’objet d’aucune réception provisoire ou définitive.

Une question devient alors difficile à éviter : que s’est-il passé entre février 2023 et août 2026 ? Si les fissurations étaient connues avant même la réception, quels constats techniques avaient été établis ? Quelles corrections avaient été demandées ? Des réserves avaient-elles été formulées ? Qui devait suivre leur exécution ? Et surtout, comment une route présentant déjà des désordres en 2023 pouvait-elle se retrouver, plus de trois ans plus tard, fortement dégradée et toujours sans réception provisoire ou définitive selon le Cabinet du Gouverneur ? Ces interrogations sont au cœur des responsabilités que l’enquête cherche désormais à reconstituer.

La Ville de Kinshasa a finalement demandé en août 2026 la reprise des surfaces défectueuses aux frais de l’entreprise et exigé une nouvelle solution : une chaussée rigide en béton armé. Un délai de quinze jours avait été accordé pour présenter un programme de démolition de l’enrobé jugé non conforme et de reconstruction. À première vue, l’affaire pourrait sembler simple : une route se détériore, l’entreprise est mise en demeure de la réparer. Mais les documents examinés par Cœur d’Afrique racontent une histoire plus complexe.

Car derrière l’état actuel de l’avenue BAT se pose désormais une question de chronologie et de responsabilité : qui savait quoi, à quel moment, et quelles décisions ont été prises lorsque les premiers défauts sont apparus ?

Et ce n’est que le début. Un autre élément complique davantage le dossier : le marché apparaît dans les documents consultés au nom d’ABC, mais WG Contractor affirme avoir exécuté les travaux. Dans la partie 2 : Avenue BAT, ABC décroche le marché, WG construit la route : qui faisait réellement quoi