Dans sa réponse du 3 septembre 2026, WG Contractor ne conteste pas les dégradations constatées sur l’avenue BAT. L’entreprise conteste plutôt l’idée selon laquelle elles seraient exclusivement dues à une mauvaise exécution. Elle affirme notamment que les couches de fondation et de base avaient été réalisées conformément aux prescriptions techniques et que les essais de compactage avaient donné des résultats satisfaisants. Plus important encore, WG soutient que ces essais auraient été validés par la mission de surveillance de l’OVD et par la mission de contrôle du BTC. L’entreprise affirme également que certaines couches de la chaussée avaient été techniquement réceptionnées et avaient donné lieu aux décomptes correspondants.

À ce stade, il s’agit bien de la version de WG. Cœur d’Afrique ne dispose pas encore des procès-verbaux, rapports d’essais et autres documents permettant de confirmer l'ensemble de ces affirmations. Mais si ces pièces existent et confirment cette version, la question des responsabilités ne pourrait plus être limitée à l’entreprise ayant physiquement construit la route.

Car sur un chantier public, quelqu’un prescrit, quelqu’un exécute, quelqu’un surveille et quelqu’un contrôle.

Le rapport du CREFDL consulté dans le cadre de cette enquête identifie l’Office des voiries et drainage (OVD) comme maître d’ouvrage délégué du projet. Cela place l’OVD au centre de plusieurs interrogations : quelles études techniques existaient avant les travaux ? Qui avait déterminé la structure de chaussée à réaliser ? Les caractéristiques géotechniques et hydrogéologiques particulières de Kingabwa avaient-elles été suffisamment prises en compte ?

Mais il existe surtout une question chronologique. En février 2023, WG déclarait publiquement que l’ouvrage n’avait pas encore été livré à l’OVD et que sa réception technique n’avait pas encore eu lieu. Or les fissurations étaient déjà visibles. Quels constats les ingénieurs de l’OVD avaient-ils alors établis ? Quelles corrections avaient-ils demandées ? Des réserves avaient-elles été formulées ?

Le rôle du Bureau technique de contrôle (BTC) mérite lui aussi d’être clarifié. Le rapport du CREFDL l’identifie comme mission de contrôle du projet confié à ABC. Selon la présentation de ses missions reprise dans les éléments de l’enquête, le BTC est notamment chargé du contrôle technique et financier des travaux de génie civil, de leur conformité et de leur qualité, ainsi que de la contre-expertise des études et ouvrages.

Dès lors, plusieurs questions se posent. Qu’a réellement contrôlé le BTC sur l’avenue BAT ? Dispose-t-il de rapports confirmant les essais de compactage évoqués par WG ? Avait-il formulé des réserves ? Ses ingénieurs avaient-ils identifié des risques liés à l’eau ou à la nature du sol ? Son contrôle concernait-il seulement l’exécution des prescriptions existantes ou avait-il également porté sur la pertinence de la conception retenue ?

Ces questions deviennent d’autant plus importantes que les fissurations étaient visibles avant la réception de la route. Il faut donc savoir ce que les différents acteurs techniques avaient constaté avant que les désordres ne prennent l’ampleur observée aujourd’hui.

Cœur d’Afrique a demandé à WG de produire les pièces susceptibles d’étayer sa version, notamment les rapports techniques, procès-verbaux, résultats d’essais et validations attribuées à l’OVD et au BTC. Tant que ces documents ne sont pas confrontés aux archives des organismes publics concernés, il serait prématuré de déterminer qui porte la responsabilité technique de la dégradation de l’avenue BAT.

Mais derrière cette bataille sur l’exécution apparaît désormais une question encore plus fondamentale : et si le problème avait commencé avant même le chantier ? WG soutient en effet que la nature marécageuse du terrain, la proximité du fleuve Congo et les variations de la nappe phréatique auraient joué un rôle déterminant dans les dégradations.

Si cette hypothèse est confirmée, une question pourrait changer toute la lecture du dossier : qui a décidé de construire ce type de chaussée à cet endroit ? Dans la partie 4 : Avenue BAT : et si le problème avait commencé avant la pose du premier mètre d’asphalte ?