Le 15 octobre 2026, plusieurs médias internationaux ont confirmé des perquisitions effectuées à Bruxelles et dans ses environs. L'enquête fait suite à une plainte déposée en 2025 par des organisations se présentant comme défenseures des intérêts des communautés du Katanga. Les plaignants y dénoncent une appropriation présumée de ressources minières au profit de personnalités proches du pouvoir congolais. À ce stade, les faits restent à établir par la justice.

Au-delà du volet judiciaire, c'est la portée historique et géopolitique de cette affaire qui retient l'attention. Le Katanga n'est pas une province comme les autres dans les relations belgo-congolaises. Depuis plus d'un siècle, il est l'un des principaux centres de la richesse minière du pays et un enjeu central des rapports économiques entre Kinshasa et Bruxelles.

En 1960, quelques jours seulement après l'indépendance, Moïse Tshombe proclamait la sécession du Katanga avec le soutien de la Belgique et de puissants intérêts miniers, au premier rang desquels l'Union minière du Haut-Katanga. Cette sécession visait à soustraire une part essentielle des richesses nationales à l'autorité du gouvernement central dirigé par Patrice Lumumba. L'implication belge dans cette crise est documentée, notamment par le Musée royal de l'Afrique centrale et les travaux de Jules Gérard-Libois (1963).

À l'époque déjà, le contrôle du Katanga représentait un enjeu économique et stratégique majeur. Aujourd'hui, avec l'explosion de la demande mondiale en cuivre, cobalt et autres minerais stratégiques, cet enjeu est devenu encore plus crucial.

Seuls les moyens ont changé. En 1960, l'influence étrangère s'exerçait par les interventions militaires, les entreprises coloniales et le soutien aux mouvements sécessionnistes. En 2026, les rapports de force passent aussi par les circuits financiers, les procédures judiciaires internationales, les investissements et les campagnes médiatiques.

Cela ne signifie pas que les perquisitions actuelles relèvent d'une opération politique commanditée par Bruxelles. Aucun élément public ne permet à ce stade d'établir une telle coordination. Mais cette absence de preuve n'interdit pas de s'interroger sur les conséquences géopolitiques d'une procédure qui touche directement l'entourage du chef de l'État congolais et les intérêts miniers du Katanga.

Une autre question s'impose : pourquoi la question des ressources katangaises revient-elle au premier plan des relations belgo-congolaises, au moment même où Kinshasa cherche à diversifier ses partenariats économiques et à renforcer sa souveraineté sur ses ressources stratégiques ?

La justice belge doit pouvoir enquêter sur des soupçons de blanchiment. Mais la lutte contre la corruption ne doit pas devenir un instrument de contestation indirecte de la souveraineté économique congolaise. La distinction entre la recherche légitime de responsabilités individuelles et la remise en cause des prérogatives d'un État souverain reste fondamentale.

L'histoire du Congo enseigne que les conflits autour de ses ressources naturelles ne sont jamais purement économiques. Ils s'inscrivent dans des rapports de pouvoir, des rivalités internationales et des stratégies d'influence.

En 1960, la Belgique avait soutenu ceux qui voulaient détacher le Katanga du Congo. En 2026, la question n'est plus celle d'une sécession territoriale, mais celle du contrôle économique et politique de ses richesses.

Les perquisitions visant les proches de Félix Tshisekedi constituent donc un épisode judiciaire dont les résultats devront être examinés avec rigueur. Elles invitent aussi à rouvrir un débat historique que les Congolais ne peuvent éluder : qui contrôle réellement les ressources du Katanga, et quelle place les anciennes puissances coloniales entendent-elles conserver dans leur exploitation ?

Car pour la République démocratique du Congo, l'indépendance politique acquise en 1960 ne saurait être dissociée de la souveraineté sur ses richesses.