Cent jours après son arrivée à la tête de l’Autorité de Régulation de la Sous-traitance dans le Secteur Privé (ARSP), Juan Ted Beleshayi Kasanda imprime progressivement sa marque à une institution placée au cœur d’un enjeu économique majeur : faire en sorte qu’une part plus importante des richesses générées par les grandes entreprises opérant en République démocratique du Congo bénéficie réellement aux entrepreneurs congolais.
ARSP : en 100 jours, Ted Beleshayi s’attaque aux intérêts qui freinent la sous-traitance congolaise

Entré en fonction le 11 juin 2026, le Directeur général a présenté, le 1er octobre à Kinshasa, le bilan de ses 100 premiers jours. Modernisation administrative, dématérialisation des procédures, télédéclaration, assainissement de la gestion et renforcement des contrôles figurent parmi les principaux chantiers engagés. Mais derrière ces réformes administratives se joue une bataille beaucoup plus importante, celle du contrôle effectif des milliards de dollars générés par la sous-traitance.
Ted Beleshayi a notamment placé la lutte contre le phénomène des « prête-noms » parmi ses priorités. Le mécanisme dénoncé consiste à utiliser des entreprises congolaises comme façades afin de satisfaire formellement aux exigences légales, alors que les bénéficiaires économiques réels seraient ailleurs. Selon le Directeur général de l’ARSP, ce phénomène ferait perdre à l’État congolais près de 20 milliards de dollars chaque année dans le secteur de la sous-traitance minière. Un chiffre considérable, avancé par l’ARSP, qui donne surtout la mesure des intérêts économiques auxquels l’institution affirme vouloir s’attaquer.
Les contrôles menés ces derniers mois dans le secteur minier montrent que cette volonté ne reste pas uniquement au niveau du discours. L’ARSP a interpellé plusieurs grandes entreprises sur leurs relations avec des sous-traitants dont l’éligibilité est contestée et demandé la mise en conformité de certaines situations. En touchant aux contrats, aux bénéficiaires réels et à l’accès aux marchés, le régulateur intervient directement sur des intérêts financiers importants.
C’est dans ce contexte que doivent aussi être appréciées les critiques dont Ted Beleshayi fait aujourd’hui l’objet. Il serait imprudent d’affirmer, en l’absence de preuves, que toute attaque contre le Directeur général serait orchestrée par les intérêts affectés par les contrôles de l’ARSP. Mais il serait tout aussi naïf de considérer qu’une politique susceptible de remettre en cause des circuits économiques aussi importants pourrait être menée sans résistances.
Sur ce point, Ted Beleshayi mérite d’être jugé d’abord sur les actes posés. Lorsqu’un responsable public tente de faire appliquer une législation destinée à favoriser l’émergence des entreprises nationales, l’intérêt général commande que son action soit évaluée sur ses résultats plutôt que noyée dans les procès d’intention. Cela n’exonère évidemment pas la direction de l’ARSP de son obligation de transparence. Au contraire, plus les intérêts concernés sont importants, plus l’institution devra documenter ses décisions et garantir l’équité de ses contrôles.
L’autre mérite de l’approche engagée est de ne pas limiter la politique de sous-traitance à la sanction. L’enjeu est également de permettre aux entreprises congolaises d’accéder aux marchés et de disposer des capacités financières, techniques et organisationnelles nécessaires pour les exécuter. Car la « congolisation » de la sous-traitance ne peut se résumer au remplacement d’un nom étranger par un nom congolais sur des documents administratifs. Elle doit se traduire par des entreprises nationales qui grandissent, investissent, créent des emplois et conservent une partie plus importante de la valeur produite dans le pays.
Cent jours restent une période trop courte pour mesurer définitivement l’impact d’une telle politique. Mais les premières orientations sont suffisamment claires pour être encouragées. La lutte contre les prête-noms, la transparence dans l’attribution des marchés, l’identification des bénéficiaires réels et l’accompagnement des entrepreneurs congolais répondent à une question fondamentale de souveraineté économique.
Ted Beleshayi devra naturellement rendre compte de ses résultats. C’est le principe même de la gestion publique. Mais les intérêts qu’il affirme vouloir combattre devront eux aussi être examinés avec la même rigueur. Si des milliards de dollars destinés à irriguer l’économie congolaise échappent effectivement aux entreprises nationales à travers des mécanismes de contournement, le véritable scandale ne serait pas qu’un régulateur dérange. Le véritable scandale serait qu’il ne dérange personne. C’est peut-être là que se situe, après seulement 100 jours, le principal enjeu du mandat de Ted Beleshayi à l’ARSP.
La rédaction
Journaliste
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