Augustin Kabuya ferme la porte aux prétentions prématurées. Le secrétaire général de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) affirme qu’aucun dauphin de Félix Tshisekedi n’a été désigné au sein de l’Union sacrée, alors que les ambitions politiques s’aiguisent à l’approche de la présidentielle de 2028.
RDC : Kabuya met en garde les prétendants à la succession de Tshisekedi

« Ceux qui se proclament dauphins doivent revoir leurs calculs. Dieu seul sait pourquoi il a placé Félix Tshisekedi à la tête du pays. Les calculs ne servent à rien »
A-t-il averti, mettant en garde les personnalités qui se projettent déjà dans l’après-Tshisekedi.
Par cette sortie, le responsable du parti présidentiel entend recadrer les prétendants à la succession du chef de l’État. À ses yeux, les ambitions individuelles ne sauraient se substituer à une décision politique officielle. Cette mise au point intervient alors que la question de l’après-Tshisekedi commence à occuper les esprits au sein de la majorité, dans un contexte où le président de la République achève son second et dernier mandat constitutionnel.
Derrière cette bataille de positionnement se profile une autre interrogation : les élections générales auront-elles effectivement lieu en 2028 ?
Le spectre d’un glissement électoral
Début mai 2026, Félix Tshisekedi avait conditionné la tenue de la prochaine présidentielle à l’évolution de la situation sécuritaire dans l’est du pays. Le chef de l’État avait notamment évoqué la possibilité d’un report si la guerre persistait.
“Si on ne peut pas terminer cette guerre, malheureusement, on ne pourra pas organiser les élections en 2028”, avait-il déclaré devant la presse nationale et internationale, soulignant qu’il était difficile d’envisager un scrutin sans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, deux provinces affectées par l’offensive du M23 soutenu par le Rwanda.
Le président avait néanmoins assuré qu’un éventuel report ne procéderait pas d’une volonté personnelle de prolonger son séjour au pouvoir. Ces déclarations n’ont toutefois pas dissipé les appréhensions de l’opposition, qui redoute un nouveau glissement du calendrier électoral.
Les interrogations se sont accentuées après une autre déclaration du chef de l’État sur l’hypothèse d’un troisième mandat. “Je n’ai pas sollicité de troisième mandat, mais je vous le dis : si le peuple souhaite que j’aie un troisième mandat, j’accepterai”, avait-il affirmé, en évoquant la possibilité de consulter la population.
Pourtant, la Constitution congolaise limite à deux le nombre de mandats présidentiels et verrouille cette disposition contre toute révision. Dans les rangs de l’opposition, ces propos alimentent les soupçons d’une tentative de remise en cause de l’ordre constitutionnel.
Le référendum cristallise les inquiétudes
La controverse s’étend au projet de loi fixant les conditions de recours au référendum. Adopté par le Parlement, ce texte a été renvoyé pour une nouvelle délibération après les réserves de la Cour constitutionnelle.
La Coalition Article 64 (C64), qui regroupe notamment Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Jean-Marc Kabund, Augustin Matata Ponyo et Delly Sesanga, y voit un risque pour l’alternance démocratique. Elle redoute que cette initiative ne serve de levier à une modification constitutionnelle susceptible de favoriser un troisième mandat.
Le 15 septembre, des opposants ont manifesté contre tout changement de la Constitution qu’ils jugent dangereux pour la stabilité institutionnelle et le respect de la limitation des mandats. Le débat référendaire s’impose ainsi comme l’un des principaux points de friction entre le pouvoir et ses adversaires.
La CENI face au défi de 2028
Au-delà des rivalités politiques, la faisabilité des prochaines élections constitue une autre source de préoccupation. Dans son rapport d’activités couvrant la période d’avril 2025 à mars 2026, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) relève plusieurs obstacles financiers, sécuritaires et logistiques.
Selon les éléments rapportés dans ce document, la tenue des scrutins en décembre 2028 serait “quasiment impossible” dans les conditions actuelles. L’institution pointe notamment l’insuffisance des financements, l’insécurité persistante dans l’est du pays, l’absence d’une cartographie électorale finalisée et les conséquences de l’incendie survenu à Kinshasa en novembre 2025, qui aurait détruit près de 25 000 batteries destinées aux machines à voter.
La question du financement a également été abordée le 24 septembre lors d’une rencontre entre le vice-Premier ministre chargé du Budget, Adolphe Muzito, et le président de la CENI, Denis Kadima. Ce dernier a indiqué qu’une enveloppe destinée aux opérations électorales figurait dans le projet de budget 2027 transmis au Parlement.
L’enrôlement des électeurs demeure une priorité pour la centrale électorale. Sa réalisation dépendra toutefois des moyens financiers effectivement mobilisés et de l’aboutissement du processus budgétaire.
Ainsi, la mise en garde d’Augustin Kabuya contre les prétendants à la succession de Félix Tshisekedi intervient dans un climat politique marqué par des incertitudes majeures. Entre ambitions au sein de la majorité, controverses constitutionnelles et difficultés organisationnelles, la présidentielle de 2028 s’annonce déjà comme un enjeu central de la vie politique congolaise.
La Redaction
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