Le dialogue national voulu par le président de la République Félix Tshisekedi ne sera pas une plateforme de légitimation des groupes armés. Dans son adresse à la nation, jeudi soir, le chef de l’État congolais a fixé les principales lignes rouges du processus, affirmant que l’inclusivité ne saurait se faire au prix de la légitimité institutionnelle et constitutionnelle.
Dialogue national : Tshisekedi exclut l'AFC-M23

Félix Tshisekedi entend associer au dialogue les différentes sensibilités politiques du pays, mais exclut toute participation, en tant que composante politique, des mouvements qui poursuivent leur lutte par les armes contre la République. « Nul ne peut prétendre s’asseoir à la table de la nation tout en prenant les armes contre elle », a-t-il déclaré.
Pour le président de la République, le suffrage demeure la seule source de légitimité politique. Les armes, insiste-t-il, ne peuvent conférer à leurs détenteurs un quelconque droit supplémentaire. « Aucune arme ne conférera à son porteur un droit supérieur à celui que le suffrage reconnaît aux citoyens », a martelé Félix Tshisekedi.
Cette position vise notamment les mouvements armés qui occupent des portions du territoire national, y installent une administration parallèle ou combattent l’ordre constitutionnel. Le garant de la nation a également prévenu qu’aucune conquête militaire ne pourrait être transformée en légitimité politique.
Pas de négociation avec les groupes armés
Le président de la République refuse, par ailleurs, que le dialogue national se transforme en négociation avec les forces engagées dans la guerre. Les assises de Kinshasa ne seront « ni une négociation avec l’agresseur ou ses supplétifs », ni un cadre destiné à remettre en cause le résultat des élections de 2023, a-t-il précisé.
Les questions directement liées au conflit armé devront être traitées dans le cadre des processus de paix en cours. Il s’agit notamment de la cessation des hostilités, du désengagement, du cantonnement et du désarmement des combattants. Félix Tshisekedi a particulièrement renvoyé à ce sujet au processus de Doha.
Le chef de l’État veut ainsi éviter la mise en place d’une voie parallèle par laquelle des groupes armés pourraient obtenir, autour d’une table de dialogue politique, ce qu’ils n’ont pas obtenu par les urnes.
Une porte ouverte aux combattants qui déposent les armes
La ligne rouge fixée aux groupes armés ne signifie toutefois pas une fermeture totale. Félix Tshisekedi prévoit une possibilité de réintégration pour les combattants qui renonceraient individuellement, de manière « sincère et vérifiable », à la lutte armée et à toute forme de violence.
Cette réintégration sera cependant conditionnée à la condamnation sans équivoque de l’agression du territoire congolais et devra s’inscrire dans les mécanismes de désarmement, démobilisation et réintégration, ainsi que dans les dispositifs de stabilisation, de relèvement communautaire et de réconciliation.
Mais le président congolais exclut toute amnistie générale. Les crimes de guerre, crimes contre l’humanité, actes de génocide et violences sexuelles graves ne pourront, selon lui, être effacés au nom d’un compromis politique.
À travers ces différentes balises, Félix Tshisekedi dessine donc un dialogue ouvert aux divergences politiques, mais fermé à toute tentative de transformer la conquête militaire en titre de légitimité politique.
La rédaction
Journaliste
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