Depuis le début de cette enquête, une grande partie des interrogations porte sur la qualité d’exécution de l’avenue BAT. Pourtant, les documents consultés par Cœur d’Afrique font émerger une autre hypothèse : la dégradation de la route pourrait aussi être liée au choix même de la solution technique retenue pour construire à Kingabwa.
Avenue Kingabwa BAT : et si le problème avait commencé avant même la pose de l’asphalte ? PARTIE IV

Dans sa réponse du 3 septembre 2026, WG Contractor reconnaît les dégradations observées, mais conteste qu’elles puissent être attribuées exclusivement à une mauvaise exécution. L’entreprise met notamment en avant les caractéristiques géotechniques de Kingabwa, une zone proche du fleuve Congo, marquée selon elle par des terrains marécageux et des variations saisonnières de la nappe phréatique.
Selon l’explication technique avancée par WG, la remontée de la nappe pendant la saison des pluies aurait entraîné une saturation du sol support et provoqué un « effet matelas », favorisant les déformations de la chaussée. Pour l'entreprise, les désordres observés seraient donc principalement liés à l'inadéquation de la solution structurelle initialement retenue face aux conditions hydrogéologiques du site.
Cette explication reste, à ce stade, la position de WG. Elle nécessiterait une expertise technique indépendante ainsi que l’examen des études géotechniques et hydrologiques réalisées avant le chantier pour être confirmée.
Mais elle soulève une question centrale : qui a choisi la structure de chaussée construite sur l’avenue BAT ? Était-ce ABC, titulaire du marché selon les documents consultés ? WG, qui affirme avoir exécuté les travaux ? L’OVD, en qualité de maître d’ouvrage délégué ? Un bureau d’études ? Ou directement le maître d’ouvrage ? Les documents actuellement en possession de Cœur d’Afrique ne permettent pas encore de trancher cette question
C’est pourtant un élément essentiel pour comprendre les responsabilités. Si une entreprise reçoit des prescriptions techniques précises et les exécute conformément aux plans validés, la question ne se pose pas de la même manière que si elle a elle-même conçu ou proposé la solution technique. À l’inverse, si des études avaient déjà identifié des contraintes hydrogéologiques particulières à Kingabwa, il faudrait déterminer comment ces risques ont été intégrés dans la conception de la chaussée.
Un élément attire particulièrement l’attention. En août 2026, le Cabinet du Gouverneur a demandé que les surfaces défectueuses soient reprises avec une chaussée rigide en béton armé, en remplacement de la solution existante. WG propose également désormais une approche différente, comprenant notamment une chaussée rigide, une sous-base drainante, une éventuelle amélioration du sol support après investigations et un dispositif d’évacuation des eaux.
Autrement dit, malgré leur désaccord sur les responsabilités, les solutions aujourd’hui envisagées diffèrent de celle qui avait initialement été mise en œuvre. Cela ne suffit pas à démontrer que la conception initiale était mauvaise. Mais cela rend indispensable l’accès aux études ayant précédé les travaux.
Qu’indiquait l’étude géotechnique ? La nappe phréatique avait-elle été étudiée ? Les variations saisonnières du niveau de l’eau avaient-elles été intégrées dans les calculs ? Plusieurs variantes de chaussée avaient-elles été examinées avant de retenir la solution finalement construite ? Et surtout, qui a validé ce choix ?
C’est peut-être dans ces documents que se trouve une partie importante de l’explication. Car si les dégradations de l’avenue BAT résultent uniquement d’une mauvaise exécution, la responsabilité doit être recherchée du côté de ceux qui ont construit et contrôlé les travaux. Mais si la solution prescrite était elle-même insuffisamment adaptée aux caractéristiques du terrain, l’enquête doit remonter plus loin, jusqu’aux études, aux prescriptions et aux décisions prises avant l’arrivée des engins sur le chantier.
Cœur d’Afrique ne dispose pas encore des éléments permettant de départager ces hypothèses. Une chose est cependant établie : comprendre pourquoi l’avenue BAT s’est dégradée impose désormais de ne pas seulement regarder comment elle a été construite, mais aussi comment elle a été conçue. Et une autre question demeure : l’entreprise qui affirme avoir réalisé ces travaux disposait-elle, à l’époque, de l’expérience nécessaire pour intervenir sur un environnement aussi particulier ?
Dans la partie 5 : WG Contractor, une entreprise encore jeune au moment du chantier : quelle expérience avait-elle pour construire sur les sols difficiles de Kingabwa ?
La Redaction
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