Depuis quelques heures, Lionel Mpasi est devenu le personnage central d’une affaire qui dépasse largement les cages des Léopards. Selon Le Monde et le New York Times, des juristes de la FIFA auraient découvert que le changement d’association sportive du gardien congolais, ancien international français chez les jeunes, n’aurait jamais été formellement achevé. Plus grave encore, les deux journaux suggèrent que la direction de la FIFA aurait ensuite évité de sanctionner la RDC, sur fond de proximité supposée entre Gianni Infantino et certains dirigeants du football africain.
Affaire Mpasi : derrière les accusations contre la RDC, la bataille pour détrôner Infantino de la présidence de la FIFA.

L’accusation est lourde. Elle mérite donc des preuves à sa mesure. Or, c’est précisément ici que les interrogations commencent. Les deux journaux affirment avoir consulté des documents internes de la FIFA. Mais ces documents ne sont pas publiés. Le public ne peut donc pas vérifier leur intégralité, leur contexte, les échanges entre la FECOFA et la FIFA en 2021, ni l’existence ou l’absence d’une décision administrative concernant Mpasi. Il faut faire confiance au travail des journalistes qui disent les avoir examinés. Cela constitue un élément journalistique sérieux, mais ce n’est pas la même chose qu’une pièce accessible permettant à chacun de vérifier les conclusions qui en sont tirées.
Surtout, une deuxième démonstration se superpose progressivement à la première. Il ne s’agit plus seulement de savoir si un dossier administratif concernant Mpasi était incomplet. Il est désormais suggéré que la RDC aurait bénéficié d’un traitement favorable en raison des relations entre Gianni Infantino et Véron Mosengo-Omba.
Mais où est la preuve de cette intervention ?
Mosengo-Omba a travaillé avec Infantino. C’est un fait. Comme de nombreux responsables du football mondial ont travaillé avec le président de la FIFA ou au sein des institutions qu’il dirige. Cette relation peut justifier une question sur un éventuel conflit d’intérêts. Elle ne démontre pas, à elle seule, qu’une instruction aurait été donnée pour protéger la RDC. Entre connaître quelqu’un et intervenir personnellement pour modifier le traitement d’un dossier disciplinaire, il existe une distance que seuls des faits peuvent combler.
Mpasi n’était pourtant caché de personne
Un autre élément mérite attention. Lionel Mpasi ne vient pas d’apparaître sous le maillot congolais. Il représente la RDC depuis 2022. Son passé avec les sélections françaises de jeunes n’a jamais été secret. Il a joué des rencontres internationales, participé à la CAN et figuré pendant plusieurs années dans les effectifs congolais sans qu’une fédération adverse ne fasse de son changement d’association sportive un contentieux majeur.
Lorsque le Nigeria a contesté l’éligibilité de certains joueurs congolais après son élimination, les noms qui occupaient publiquement le débat étaient notamment ceux d’Aaron Wan-Bissaka, Axel Tuanzebe et d’autres internationaux disposant de parcours binationaux. Le dossier Mpasi n’était pas au centre de la contestation rendue publique. Selon le récit aujourd’hui présenté, ce sont les propres juristes de la FIFA qui auraient découvert ultérieurement cette éventuelle anomalie administrative.
Cette chronologie mérite d’être examinée sérieusement.
La RDC connaît d’ailleurs parfaitement les mécanismes de contestation de l’éligibilité d’un joueur. Lors des éliminatoires face au Soudan en novembre 2023, la FECOFA avait rapidement formulé une réserve concernant l’éligibilité de Jusif Ali. Les fédérations savent donc surveiller les joueurs adverses et utiliser les procédures prévues lorsqu’elles estiment qu’une irrégularité existe. Pourquoi, pendant plusieurs années, personne n’a-t-il soulevé le cas Mpasi ?
Et si son changement d’association nécessitait effectivement une validation formelle de la FIFA, une autre question devient incontournable : comment un dossier supposément incomplet dans les propres systèmes de la FIFA a-t-il permis au joueur d’être aligné pendant aussi longtemps sans déclencher d’alerte ?
Ce sont des questions auxquelles les accusations actuelles doivent répondre avant que l’on transforme une éventuelle anomalie administrative en fraude congolaise. Et si le véritable enjeu était ailleurs ? Il existe enfin un contexte qu’il serait tout aussi imprudent d’ignorer que d’en tirer des conclusions définitives.
Gianni Infantino doit solliciter un nouveau mandat à la présidence de la FIFA en mars 2027. Son leadership fait l’objet d’une contestation croissante dans une partie du football européen. Dans le même temps, l’Afrique constitue l’un de ses principaux blocs de soutien, les associations membres de la CAF ayant publiquement affiché leur appui à sa réélection.
C’est dans ce contexte qu’apparaît l’affaire Mpasi. Cela ne prouve nullement que les documents auraient été transmis à la presse par des adversaires d’Infantino. Nous n’en savons rien. Affirmer l’existence d’une opération organisée contre le président de la FIFA sans preuve reproduirait précisément le travers que nous questionnons ici.
Mais le timing mérite d’être interrogé. D’autant plus que l’affaire administrative Mpasi est progressivement reliée à Infantino, à Mosengo-Omba, à la RDC, au soutien africain et finalement à la bataille politique pour le contrôle de la FIFA.
Si les relations entre Infantino et Mosengo-Omba sont pertinentes pour questionner l’indépendance du traitement du dossier, alors le contexte politique entourant la fuite de documents internes à quelques mois d’une élection FIFA majeure est lui aussi pertinent. La même exigence critique doit s’appliquer dans les deux directions.
La question n’est donc pas de nier ce que Le Monde et le New York Times affirment avoir découvert. Elle est de demander que chaque conclusion soit proportionnée aux éléments disponibles.
Si la procédure de changement d’association de Lionel Mpasi n’a réellement jamais été finalisée, il faut l’établir clairement et expliquer comment une telle situation a pu perdurer pendant plusieurs années. Si la FECOFA a commis une faute, il faut en apporter les éléments. Si Gianni Infantino est personnellement intervenu pour protéger la RDC, il faut également le démontrer.
Mais une relation professionnelle, une proximité supposée et une série de documents qui restent inaccessibles au public ne suffisent pas encore à démontrer que la RDC aurait obtenu sa qualification grâce à une faveur politique.
Sur le terrain, les Léopards ont traversé une campagne particulièrement longue pour atteindre la Coupe du monde. Ils ont gagné leurs matchs décisifs, franchi les barrages africains puis le barrage intercontinental. Et lors de la Coupe du monde, ils ont montré qu’ils avaient sportivement leur place parmi les équipes qualifiées.
Cela ne dispense personne du respect des règlements. Mais cela interdit également de réécrire cette campagne comme si elle avait été obtenue par une fraude aujourd’hui démontrée. Pour l’instant, une éventuelle anomalie administrative concernant Lionel Mpasi est rapportée. Une intervention personnelle d’Infantino en faveur de la RDC, elle, reste à établir.
Et à quelques mois d’une élection qui fracture déjà profondément le football mondial, la question mérite donc d’être posée dans les deux sens : que s’est-il réellement passé dans le dossier Mpasi, mais aussi pourquoi cette affaire sort-elle maintenant et avec une telle lecture politique ?
La réponse à la première question se trouve probablement dans les archives de la FIFA. Celle à la seconde nécessitera peut-être de savoir un jour qui a décidé de faire sortir ces documents, et pourquoi.
La Redaction
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