Selon la communication officielle relayée notamment par Lawrence Kanyuka, le nouveau directeur de cabinet disposerait d’une solide expérience en finances internationales et aurait exercé comme chargé de mission à la présidence de la République sous Félix Tshisekedi, au sein du collège « Santé et Bien-être ». Il est également présenté comme ancien membre de l’UDPS. Pourtant, ces éléments sont aujourd’hui contestés. Des documents officiels, dont l’ordonnance présidentielle de 2019 portant nomination des conseillers principaux, ne mentionnent à aucun moment son nom. Au sein du collège concerné, aucune trace de Vicky Ntumba n’apparaît, ni dans les fonctions principales, ni parmi les collaborateurs rattachés.

Au-delà de ces contradictions administratives, c’est surtout l’absence quasi totale de traces publiques qui intrigue. Pour une personnalité décrite comme banquier expérimenté et acteur politique, aucun profil professionnel crédible, aucune intervention médiatique, aucune publication ou trace institutionnelle vérifiable ne permet de reconstituer son parcours. Même sa présence numérique soulève des interrogations. Son compte X, créé en 2015, ne comporte qu’une poignée de publications en plus de dix ans, essentiellement constituées de retweets et de messages très courts. Le seul contenu un tant soit peu structuré reste son message de remerciement après sa nomination.

Mais un autre élément, plus technique et pourtant déterminant, renforce encore les doutes : la manière dont son identité est présentée dans les documents officiels. Dans la décision de nomination, le nom apparaît simplement sous la forme “NTUMBA VICKY”, sans aucun autre élément. Or, dans les usages administratifs congolais, les actes officiels mentionnent systématiquement un nom complet incluant le postnom, afin de garantir l’identification claire des individus. L’absence de ce postnom constitue une anomalie notable. Elle est d’autant plus surprenante que “Vicky” est généralement considéré comme un diminutif, et non comme un prénom formel utilisé dans les actes officiels. Une telle simplification rend difficile toute traçabilité administrative et complique la vérification du parcours de l’intéressé.

L’image même de Vicky Ntumba renforce ce flou. Lors de l’annonce officielle, l’AFC/M23 n’a diffusé qu’une photographie floue, reprise par de nombreux médias, ainsi qu’un cliché ancien où le visage de la personne présentée n’est pas clairement identifiable. Aucun portrait officiel récent n’a été produit, fait particulièrement inhabituel pour une nomination à un poste aussi stratégique. Pour un ancien cadre supposé de l’UDPS et de la présidence, un tel niveau d’invisibilité médiatique et documentaire interroge profondément.

Ce brouillard informationnel alimente désormais plusieurs hypothèses. Certains observateurs évoquent une stratégie de « congolisation » de l’AFC/M23, visant à renforcer sa légitimité politique en mettant en avant des profils présentés comme issus des institutions nationales. D’autres avancent l’hypothèse plus sensible d’une identité construite ou partiellement reconstituée, à laquelle on chercherait à attribuer progressivement un visage et une crédibilité. À ce stade, aucune de ces thèses ne peut être confirmée de manière formelle, mais leur émergence traduit le malaise suscité par ce dossier.

Cette nomination intervient par ailleurs dans un contexte interne déjà fragilisé au sein de l’AFC. Le précédent titulaire du poste, Yannick Tshisola, avait été écarté à la suite d’accusations graves qu’il continue, selon certaines sources, à contester. Dans ce climat, l’arrivée d’un directeur de cabinet au profil aussi opaque ne contribue pas à clarifier les lignes, bien au contraire.

En l’absence d’éléments vérifiables solides, une seule certitude s’impose aujourd’hui : la figure de Vicky Ntumba reste entourée d’un niveau d’incertitude inhabituel pour un acteur de ce rang. Entre incohérences administratives, identité partiellement définie et communication lacunaire, son cas soulève une question plus large sur les mécanismes de légitimation politique à l’œuvre dans les recompositions actuelles à l’est de la RDC.