La guerre se joue aussi dans le récit.

La guerre que subit la RDC ne se livre pas seulement dans les collines du Nord et du Sud-Kivu. Elle se mène aussi dans les rédactions, les chancelleries et sur les réseaux où se fabrique l'opinion internationale. Or, la succession d'événements de ces derniers jours obéit à une même mécanique : fragiliser Kinshasa, entamer sa crédibilité à résister et, surtout, diluer la responsabilité du Rwanda dans la tragédie de l'Est.

Premier jalon : la sortie de Joseph Kabila sous la bannière du FRN. Après dix-huit ans au pouvoir, l'ancien Chef de l'Etat revient en faisant de la gouvernance Tshisekedi l'unique source du mal congolais. Un cadrage qui survient au pire moment, alors que le pays fait face à une agression dont les racines excèdent largement les sept années de son successeur.

En faisant de Kinshasa le foyer de tous les maux, ce discours épouse opportunément la narration que Kigali entretient depuis des années pour justifier son ingérence. L'effet est immédiat : l'agression extérieure passe au second plan, au profit d'un procès en légitimité du pouvoir congolais.

L'encerclement par la réputation.

Deuxième front, judiciaire et moral : la médiatisation des perquisitions en Europe visant la famille politique du Président. Quelle que soit l'issue des procédures, leur écho nourrit l'entreprise de discrédit. On ne juge plus les faits, on installe le soupçon.

Dans le même registre, la presse belgo-congolaise exhume le thème du salaire présidentiel jugé exorbitant. Le débat sur la transparence est légitime, mais son instrumentalisation à cet instant précis alimente la fabrique d'une image : celle d'un pouvoir à privilèges, déconnecté du front.

Le front militaire, lui, n'est pas épargné. Les récits insistants sur les revers des éléments liés à Erik Prince, en appui aux FARDC, ne sont pas qu'un compte-rendu opérationnel. Ils distillent l'idée d'une armée congolaise intrinsèquement vulnérable, précisément quand Kinshasa tente de consolider sa défense.

Reste le signal diplomatique, sans doute le plus révélateur : la normalisation entre Bruxelles et Kigali. Après avoir affiché une fermeté critique envers le Rwanda, la Belgique renoue. Et ce, alors qu'aucune des causes profondes de la guerre à l'Est n'a été levée.

La coïncidence qui interroge.

C'est cette simultanéité qui fait sens. D'un côté, Kinshasa est soumise à un feu roulant de récits qui attaquent ses dirigeants, sa gouvernance et son armée. De l'autre, Kigali blanchit son image et normalise ses partenariats, malgré les faisceaux d'accusations sur son rôle dans l'Est.

Chaque fait, pris isolément, peut relever de l'actualité banale. Leur concentration dans un temps court et leur convergence politique dessinent autre chose : les contours d'une guerre du récit.

Cette lecture prend une acuité nouvelle depuis le 12 octobre, avec la création du FRN dirigé par Joseph Kabila, qui succède dans les faits à l'AFC et assume le recours à la force contre Kinshasa. L'enjeu n'est plus celui d'une simple opposition. C'est la capacité d'un mouvement armé à prospérer dans un environnement médiatique et diplomatique rendu complaisant.

Le piège pour la RDC serait de laisser s'installer, par sédimentation, l'idée que le pays agressé serait le premier responsable de son malheur, tandis que l'agresseur extérieur redeviendrait un partenaire fréquentable.

Car au-delà des polémiques visant Félix Tshisekedi, une question demeure, entière : pourquoi l'attention internationale se focalise-t-elle avec une telle intensité sur les faiblesses supposées de Kinshasa, quand l'exigence première - le retrait des forces étrangères et le respect de la souveraineté congolaise - reste sans réponse ?

La RDC ne doit pas seulement défendre ses lignes de front. Elle doit défendre sa place dans le récit de cette guerre. Car une guerre se perd les armes à la main, mais elle se perd aussi quand l'opinion finit par prendre l'agresseur pour la solution et l'agressé pour le problème.